Cancer du sein : « Réchauffer » les tumeurs pour mieux les traiter
Une étude clinique multicentrique de phase 2 coordonnée par l’Institut Jules Bordet suggère que combiner une chimiothérapie, une immunothérapie et une radiothérapie ciblée constitue une stratégie prometteuse pour traiter le cancer du sein ER+HER–.
Les patientes atteintes d’un cancer du sein précoce, positif aux récepteurs des œstrogènes (ER+) et négatif pour HER répondent peu à la chimiothérapie néoadjuvante. Quant aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI), ils apportent un bénéfice limité dans les tumeurs négatives pour le PD-L1, qui se caractérisent par un microenvironnement tumoral « froid » sur le plan immunitaire.
L’étude Neo-CheckRay repose sur l’hypothèse que la radiothérapie stéréotaxique modulatrice de l’immunité (iSBRT) pourrait rendre ce microenvironnement tumoral « chaud » et inflammatoire, augmentant ainsi la sensibilité à l’immunothérapie.
Méthodologie et objectifs
Pour tester leur hypothèse, l’équipe de recherche a randomisé 147 patientes présentant un cancer du sein ER+HER2– à haut risque et les ont réparties en trois groupes :
- Le premier bras (No_ICI) a reçu une chimiothérapie (NACT) et de l’iSBRT (3 x 8 Gy) ;
- Le deuxième bras (Single_ICI) a reçu en plus du durvalumab (anti-PD-L1) ;
- Le troisième bras (Double_ICI) a reçu NACT + iSBRT + durvalumab + oleclumab (anti-CD73).
59,2 % des patientes étaient node-positives (cN+) et 61,9 % présentaient des tumeurs PD-L1 négatives.
Des résultats prometteurs
Le critère principal de l’étude clinique visait à démontrer une amélioration du taux de fardeau cancéreux résiduel (RCB) de classe 0 ou 1 à la chirurgie. Cet objectif a été plus souvent atteint dans les deux bras ICI (Single_ICI et Double_ICI) – respectivement 45,1 % et 47,9 %, contre 35,4 % de RCB 0/1 dans le premier bras –, mais ces différences ne sont pas statistiquement significatives.
Les taux de réponse complète (pCR) sont de 16,7 % dans le bras No_ICI, contre 29,4 % et 33,3 % dans les deuxième et troisième bras. Du moins dans la population en intention de traiter. Car dans la population per-protocol (MammaPrint High risk, n=131), le bénéfice du bras Double_ICI est devenu significatif : 35,6 % versus 16,3 % (P = 0,040).
Un effet plus marqué sur les tumeurs « froides »
L’analyse des sous-groupes a révélé des disparités frappantes basées sur les biomarqueurs initiaux. En effet, une augmentation massive de la pCR a été observée avec l’ajout d’ICI dans les tumeurs PD-L1 négatives : 3,4 % pour No_ICI, contre 28,1 % dans le bras Single_ICI et 30 % dans le Double_ICI. En revanche, aucune différence significative n’a été observée entre les bras pour les tumeurs PD-L1 positives.
Ces données sont compatibles avec l’hypothèse selon laquelle les trois traitements néoadjuvants peuvent reprogrammer les tumeurs initialement « froides ». Cette hypothèse est renforcée par l’analyse des biopsies réalisées en cours de traitement, une semaine après l’iSBRT, qui suggère que les tumeurs initialement « froides » acquièrent un profil plus inflammatoire et immunologiquement « chaud ».
Tolérance, sécurité et perspectives
Aucun nouveau signal de sécurité n’a été observé. L’intensification par immunothérapie s’est accompagnée de davantage de toxicités de grade 3 ou plus liées au traitement, notamment des endocrinopathies thyroïdiennes. Aucun événement de grade 3 n’a été attribué à l’iSBRT.
Tous ces résultats devront bien sûr être confirmés par un suivi plus long afin de vérifier l’impact de cette nouvelle approche sur la survie sans événement, ainsi que par des essais de plus grande ampleur.
Référence
De Caluwé A. et al, Neoadjuvant stereotactic body radiation therapy with durvalumab and oleclumab in ER+HER2− breast cancer: a randomized phase 2 trial. Nature Medicine, vol 32, 2461-2472, juillet 2026. doi.org/10.1038/s41591-026-04453-z