Survivorship : le cancer et ses traitements accélèrent-ils le vieillissement ?
Une revue systématique avec méta-analyse, coordonnée par une équipe namuroise, semble confirmer des marqueurs biologiques et épigénétiques évocateurs d’un vieillissement accéléré chez les survivants de cancer.
Aujourd’hui, plus de 50 millions de personnes dans le monde ont survécu à leur cancer. Cette survie s’accompagne souvent de complications tardives : second cancer, maladies cardiovasculaires et/ou endocriniennes, troubles neurocognitifs persistants… Autant de pathologies également observées chez les personnes âgées.
« Le cancer et ses traitements pourraient-ils mimer, déclencher ou accélérer les processus biologiques du vieillissement ? C’est l’hypothèse de recherche de ma consœur épidémiologiste, Médéa Locquet », explique la Pre Charlotte Beaudart, chercheuse à l’UNamur, venue présenter les premiers résultats du travail de sa collègue au congrès de l’International Association of Geriatrics and Gerontology, cet été. « Notre première question est de savoir si l’on pourrait détecter ces processus à l’aide de biomarqueurs. »
Méthodologie et sélections
La revue systématique a été conduite et rapportée conformément aux recommandations PRISMA. L'équipe a réalisé une recherche systématique dans PubMed et Scopus afin de comparer les biomarqueurs mesurables du vieillissement chez des survivants versus des témoins sans cancer.
Sur les 11.000 références identifiées, elle a inclus 22 études qui portaient majoritairement sur des cancers pédiatriques (n=9) et du sein (n=8). La plupart étaient des études transversales ou des cohortes rétrospectives, avec des tailles d’échantillons allant de 38 à 2.000 individus.
Les marqueurs inflammatoires ou immunitaires, les microARN et les horloges fondées sur la méthylation de l’ADN étaient les biomarqueurs les plus fréquemment rapportés.
Des signaux robustes… à confirmer
Par rapport aux témoins sans cancer, les méta-analyses ont montré deux signaux convergents en faveur de l’hypothèse de départ :
- Une élévation nette de l’inflammation (CRP) chez les survivants du cancer. En effet, la différence moyenne standardisée (DMS) est de 1,06. L’effet est important, mais l’hétérogénéité (I2 = 97,7 %) est massive.
- Une accélération de l’âge épigénétique : le DMS de 0,31 est significatif, mais plus modeste. L’hétérogénéité est aussi importante (I2 = 84,2 %).
« L’hétérogénéité porte essentiellement sur l’ampleur des effets, mais pas sur leur sens », commente la Pre Beaudart. « En effet, toutes les études vont dans la même direction, y compris nos données préliminaires sur le remodelage immunitaire. »
Les chercheuses soulignent toutefois les limites de la méta-analyse dont les résultats ne démontrent pas un vieillissement accéléré causal. Elles pointent notamment l’absence d’études prospectives et longitudinales – qui permettraient de mieux établir la temporalité et de renforcer l'inférence causale – et la faible évaluation des traitements autres que la chimiothérapie.
Des pistes utiles pour affiner la clinique
« Les biomarqueurs analysés ne sont donc pas (encore) prêts pour la routine clinique », conclut la Pre Beaudart. « En revanche, ils tracent des pistes de recherche qui méritent d’être investiguées. »
Il s’agirait notamment de relier ces biomarqueurs aux manifestations cliniques du vieillissement. Ce qui, le cas échéant, permettrait de repérer les patients nécessitant un suivi plus rapproché, d’évaluer si les stratégies d'épargne tissulaire pourraient réduire cette charge biologique à long terme, ou encore de favoriser un vieillissement en bonne santé chez les survivants du cancer.
Référence
Locquet M. et al, Cancer-treatment-induced biological and epigenetic signs of accelerated aging in cancer survivors: a systematic review, IAGG 2026, communication orale, 8 juillet 2026.