(Dés)Ordre
L’Ordre des médecins a souvent fait couler beaucoup d’encre. En France, une réforme vise aujourd’hui à le placer largement sous tutelle de l’administration de la Santé. La question mérite donc d’être posée : que veut-on faire, au juste, des ordres professionnels ?
En Belgique, depuis les années 1990, l’entre-soi, l’opacité, la non-publicité des débats, le sentiment de non-suivi de certaines plaintes de patients et plusieurs dysfonctionnements ont nourri des réformes successives.
Les écologistes, lorsqu’ils furent aux manettes de la Santé avec les socialistes, avaient même rêvé d’un conseil « interprofessionnel », mêlant professions de santé et « civils », par exemple des représentants de patients…
Le vrai débat est là. Veut-on un Ordre sous tutelle de l’État ? Plus d’Ordre du tout ? Un Ordre totalement autonome ? Ou une voie médiane, qui préserve l’autorégulation professionnelle ?
On oublie parfois qu’un patient peut porter plainte à l’Ordre sans frais. S’il n’est pas satisfait, il lui reste la voie civile ou pénale. Mais les tribunaux sont déjà encombrés. L’Ordre joue donc aussi un rôle de désengorgement.
C’est dans ce contexte que Benoît Dejemeppe, président du Conseil national et ancien président de la Cour de cassation, propose une réforme visant notamment à uniformiser les sanctions (lire pages 6 et 7). Avec le regard bienveillant du ministre Vandenbroucke, il refuse toutefois de « déshabiller » les conseils provinciaux. Au contraire, dit-il, il veut les « magnifier » en les recentrant sur l’instruction, l’avis, l’accompagnement et la prévention.
Le Conseil national veillerait, lui, à la cohérence des décisions, afin qu’un médecin ne soit pas traité différemment selon qu’il exerce à Liège, Bruxelles ou Bruges… Mais cette diversité d’appréciation n’existe-t-elle pas aussi dans les tribunaux ordinaires ?
Réformer l’Ordre, oui. Mais il faut éviter de transformer une institution imparfaite, mais utile, en rouage bureaucratique de plus.