Médecins : l’étau se resserre
Jamais le médecin belge n’a été autant placé au centre du système. Et jamais il n’a semblé aussi peu maître de son avenir. En quelques jours, plusieurs dossiers ont cristallisé le même malaise. Ce dernier numéro avant les vacances y est consacré.
Financement hospitalier, ticket modérateur inchangé depuis vingt ans, retour au travail des malades de longue durée, contrôle des pratiques par les données de l’Agence intermutualiste, réforme des mutuelles : derrière ces polémiques apparemment techniques, une même question traverse la profession : que restera-t-il demain de l’autonomie médicale ?
Le généraliste est sommé de remettre les malades au travail, de produire des certificats électroniques, de justifier davantage ses décisions, parfois dans des situations psychiatriques ou sociales impossibles à réduire à une case administrative. Le spécialiste hospitalier, lui, voit se profiler les fusions, les seuils d’activité, la concentration des plateaux techniques et la réforme du financement. Tout cela peut se défendre au nom de la qualité. Mais à une condition : ne pas transformer le médecin en simple exécutant d’une architecture décidée ailleurs.
La polémique sur l’AIM ajoute une couche plus lourde encore. Au nom de la lutte contre la fraude, les données de prescription et de facturation pourraient servir à profiler les prestataires. Le soupçon statistique deviendrait presque une présomption. Or un médecin ne soigne pas une moyenne. Il soigne un patient, avec son histoire, ses risques, ses fragilités, ses exceptions.
Qui pilote le système?
Le débat sur les mutuelles révèle la même tension. Qui pilote le système ? L’État ? Les organismes assureurs ? Les médecins ? Les algorithmes ? Les gestionnaires ? Pendant ce temps, la profession doit rester attractive, financer l’innovation, préserver la recherche, former les jeunes, garder les talents et éviter que les hôpitaux francophones ne décrochent face à leurs homologues flamands.
Quelle cruauté ! On demande au médecin d’être plus humain, plus disponible, plus responsable, plus contrôlable, plus numérique, plus économe et plus performant. Mais on lui donne parfois le sentiment d’être devenu une variable d’ajustement budgétaire. C’est pourtant sur lui que repose encore la confiance du patient. Tout cela sous un gouvernement Arizona qualifié de « libéral » mais avec un ministre de tutelle génial mais collectiviste.