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L’inflation, la grande inconnue !

L’élément fondamental qui dicte l’appréciation des actifs financiers, et auquel l’investisseur doit donc être attentif, c’est l’évolution des taux d’intérêt. Or, ces derniers s’inscrivent résolument en hausse. Faut-il s’en inquiéter pour les actions, les obligations et l’immobilier ? Réponses nuancées, en tenant compte du contexte économique.

Guy Legrand - 18 augustus 2026

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L’évolution des taux d’intérêt, surtout à long terme, détermine la valorisation de tous les actifs d’investissement. Ceux-ci voient leur valeur s’apprécier dans un contexte de taux en repli, comme ce fut spectaculairement le cas dans les années 1980 et, plus récemment, au lendemain de la crise financière de 2008. Cette valeur s’érode au contraire si les taux grimpent, ce dont l’année 2022 fut une douloureuse démonstration.

Or, cette évolution des taux d’intérêt dépend elle-même de celle de l’inflation. Plus précisément : de l’inflation qui est attendue pour les mois et années à venir. Le taux d’intérêt à long terme, qui est par convention le rendement de l’obligation d’État à 10 ans, est en effet le reflet direct de l’inflation attendue par les économistes et les grands investisseurs. Quelles sont aujourd’hui leurs attentes ?

Un petit sursaut…

L’inflation observée en Belgique s’est récemment apaisée : de 4,2 % en avril puis 4,1 % en mai, elle a chuté à 3,3 % en juin. Il s’agit là de l’inflation calculée suivant les normes européennes. Les chiffres calculés « à la belge » diffèrent quelque peu, celui de juin étant ainsi de 3,4 %. Ce dernier est passé à 3,56 % pour le mois de juillet. L’inflation repart-elle donc à la hausse ? L’énergie en est le moteur, avec un bond de 10,6 %. Les montagnes russes, ou plutôt iraniennes, dessinées ces derniers mois par les prix du pétrole ont un impact sensible sur l’inflation en Europe, comme aux États-Unis d’ailleurs. Tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. Il est clairement impossible de prévoir leur niveau dans les mois à venir, ni par conséquent celui de l’inflation, mais il est tout aussi clair que les milieux économiques et financiers suivent cette évolution de très près.

Autre évidence : les investisseurs ne tablent visiblement pas sur un reflux de l’inflation, du moins dans l’immédiat. On relève à ce propos l’avis tranché de Bank of America : les effets déflationnistes attendus de l’intelligence artificielle (IA), ce sera pour plus tard. Visiblement, oui, car aujourd’hui, c’est même l’inverse qui prévaut : la course à l’IA entraîne une demande de semi-conducteurs qui dépasse l’offre, de sorte que les prix ont triplé depuis le début de l’année ! On comprend pourquoi Apple a annoncé des hausses de tarifs non négligeables.

On comprend aussi pourquoi, tant aux États-Unis qu’en Europe, les taux d’intérêt à long terme se situent à des sommets sur une quinzaine d’années, parfois davantage : les investisseurs prennent leurs précautions. Cette fermeté des taux pourrait (et devrait même, insistent certains analystes) porter ombrage aux marchés boursiers. Lesquels restent toutefois dopés par les excellents résultats affichés par les entreprises. Le secteur immobilier est par contre à la peine. Les SIR Aedifica et WDP, les géants faisant partie de l’indice BEL 20 de la bourse de Bruxelles, sont légèrement dans le rouge depuis le début de l’année, alors que le marché s’est apprécié de quelque 12 %. Ces deux valeurs immobilières sont assez significativement en repli de 4 à 6 % sur le dernier mois. Autre victime : le marché obligataire, comme évoqué dans l'encadré ci-contre.

La faible croissance, une bonne nouvelle ?

La croissance économique belge fut de… 0 % au deuxième trimestre, une première depuis la crise du covid. Et ceci après un maigre 0,2 % au premier trimestre. Pour l’ensemble de l’année, les prévisions sont de 0,6 % pour la Banque Nationale et de 0,7 % pour le Bureau du Plan. Encore moins que le modeste pour cent de 2025, en attendant de retrouver 1 % en 2027 et de grimper un peu ensuite. Mais ce ne sont là que des projections…

La plupart des commentaires ayant accompagné l’annonce du 0 % observé au deuxième trimestre adoptaient le ton des lamentations, et à juste titre : une croissance faible, c’est a priori une mauvaise nouvelle pour l’emploi, pour les revenus des citoyens et surtout pour des finances publiques déjà aux abois. De fait, moins de croissance signifie automatiquement moins de recettes pour le budget et, à l’inverse, probablement plus de dépenses.

On pourrait toutefois aborder la question par l’autre bout, en soulignant qu’une croissance économique faible atténue les pressions inflationnistes et, par ricochet, freine la hausse des taux d’intérêt. C’est ce qu’on a observé aux États-Unis durant la première quinzaine du mois d’août et c’est une leçon intéressante. Premier élément : des créations d’emplois… qui ont viré au rouge en juillet. Les économistes prévoyaient 80.000 nouveaux jobs et le pays en a au contraire perdu 23.000. Ce n’est pas la fin du monde, mais ce n’est pas négligeable. Autre surprise : la faiblesse de la consommation. On sait les citoyens américains consommateurs empressés, voire boulimiques, quitte à se priver d’épargne. Or, les ventes au détail furent inférieures aux prévisions en juillet, ce qui sort de l’ordinaire et va également dans le sens d’un ralentissement de l’économie et de l’inflation.

Le résultat de ces deux faiblesses ne s’est pas fait attendre : les analystes s’attendant à ce que la banque centrale américaine relève ses taux lors de sa réunion de septembre n’étaient plus que 30 % à la mi-août, contre plus du double quelques semaines plus tôt.

Attention au gaz !

Une croissance faible est regrettable à divers égards, mais elle est aussi anti-inflationniste, peut se consoler l’investisseur. On ne saurait pour autant oublier la grande inconnue que représente le prix du pétrole. Par ailleurs, toujours sur le plan énergétique, le gaz pourrait nous réserver une mauvaise surprise, a alerté le professeur Eric Dor, directeur des études économiques à l’université de Lille (IESEG). Pourquoi ? Parce que les réserves européennes, qui se reconstituent traditionnellement au printemps et en été, se situent à un niveau anormalement bas cette année : 59 % seulement au 10 août, contre 72 % un an plus tôt. C’est pire pour la Belgique, avec 40 % à peine, contre 92 % l’an dernier !

Le danger n’est pas que nous allions manquer de gaz durant l’hiver prochain, du moins en principe, mais bien qu’en s’y prenant tard pour compléter ces réserves, l’Europe (et surtout la Belgique ?) risque de devoir payer cher. Un fournisseur ne fait pas de cadeau à un client dans l’urgence, c’est bien connu ! Comparaison n’est probablement pas raison du fait d’un contexte différent, mais quand on se souvient de l’envolée des prix du gaz… et de l’inflation en 2022, on comprend que le sujet doit être pris au sérieux.

Il en va de même de la sécheresse exceptionnelle dont l’Europe a souffert cet été. La banque Triodos estime qu’elle pourrait coûter 180 milliards à l’économie européenne… ce qui réduirait sa croissance à zéro ! Elle deviendrait même négative en Allemagne et en Belgique, et plus encore en France et en Italie. Et on ne saurait ici se consoler en considérant qu’il s’agit un frein à l’inflation, car la hausse des prix alimentaires, consécutive aux chutes de production, contribuera précisément à cette croissance nulle.

Les bénéfices au rendez-vous

Ces préoccupations et menaces n’empêchent pas les marchés boursiers d’aller de l’avant. Serait-ce déraisonnable ? Certains le pensent et mettent en garde… depuis l’an dernier déjà, mais à tort jusqu’ici. Qu’en penser ? Il faut souligner une première chose : quand les commentaires boursiers évoquent sans cesse de nouveaux records, il ne s’agit souvent que de petites fractions. La hausse des bourses européennes est de quelque 19 % sur un an et celle de la bourse américaine de 20 %. C’est fort confortable et très supérieur à la moyenne historique (de l’ordre de 8 % à Wall Street), mais il ne s’agit pas non plus d’une flambée extravagante. Comme par exemple celle observée à la bourse coréenne : +80 % en 3 mois, puis -40 % en 2 mois !

L’autre élément à prendre en considération, c’est la progression des bénéfices. Et, bonne nouvelle, ceci vaut cette fois aussi pour l’Europe. Sur la base des résultats annoncés pour le deuxième trimestre, les bénéfices réalisés par les entreprises européennes reprises dans l’indice Stoxx 600 ont bondi de plus de 23 % à un an d’écart. C’est remarquable, même si les États-Unis font encore mieux, avec une envolée de 30 %. La progression des cours de bourse est donc, globalement, restée inférieure à celle des bénéfices. Autrement dit, les bourses sont chères dans l’absolu, c’est vrai, mais finalement moins chères qu’il y a un an ! Il reste bien entendu que les valorisations actuelles supposent que cette croissance des bénéfices ne s’amenuise pas trop vite.

 

À quelque chose malheur est bon…

« La hausse des taux d’intérêt coûte plus de 1,5 milliard d’euros à l’État » : c’est le titre qui a fleuri dans les médias vers la mi-août, reflétant la hausse des taux d’intérêt qui prévaut cette année de part et d’autre de l’Atlantique. Le taux belge à 10 ans se cramponne cet été aux environs de 3,7 % et même 3,75 %, venant d’un creux momentané de 3,14 % à la fin février. Il dépasse à présent les précédents sommets de la fin 2023. Le mouvement est semblable ailleurs dans la zone euro. Tout comme aux États-Unis, où le 10 ans se situe un pour cent plus haut qu’en Belgique, à 4,7 % environ.

Une hausse des taux d’intérêt à long terme se traduit mécaniquement par une baisse de valeur des obligations existantes, puisqu’elles affichent un taux inférieur. C’est surtout vrai si leur échéance est encore lointaine.

Un exemple un peu extrême : l’obligation de l’État belge (OLO) émise en septembre 2015 et remboursable en juin 2038, offrant un rendement de 1,9 %. Il y a bien longtemps qu’elle cote en-dessous du pair, c’est-à-dire des 100 % auxquels elle sera remboursée. Le cours se situe entre 80 et 90 %. Et cette année ? Cette obligation cotait 83 % en début d’année, a poussé une pointe à 85 % à fin février, quand les taux ont subitement fléchi, mais est revenue en-dessous de 82 % cet été. Une fameuse moins-value ! Voilà pourquoi, dans un contexte de taux s’inscrivant en hausse, on conseille aux investisseurs d’acheter des obligations à échéance de quelques années seulement : la moins-value temporaire restera très limitée.

Si une hausse des taux est considérée comme négative pour l’économie et les investissements, elle est par contre bénéfique à l’épargne, comme en témoignent les rendements élevés proposés ces dernières semaines par le secteur bancaire Des offres à 3,15 % avaient fleuri dès le début juillet, quand KBC-CBC avait porté le taux de base des comptes Start2Save de 0,75 à 1,65 %, en sus d’une prime de fidélité de 1,50 %. Riposte de VDK : 3,17 % ! Le 1er août, c’est Argenta qui embrayait en portant son compte d’accroissement à un total de 3,15 %, le taux de base gonflant de 1,50 à 1,65 %. Comme d’autres, ces offres concernent des comptes B, c’est-à-dire avec conditions, en l’occurrence un versement mensuel de 500 euros maximum. Les comptes à terme ont également bénéficié de la hausse des taux obligataires. La banque medirect a récemment fait sensation en affichant un taux brut de 3,58 % à 6 mois, soit 2,51 % net, après précompte mobilier de 30 %. Le taux proposé par beobank est très proche.

Pour en revenir aux carnets de dépôt, force est de reconnaître que ceux de la catégorie A, c’est-à-dire les classiques, non soumis à des conditions telles que montants minimum ou maximum, ou versement mensuel limité, n’offrent pas du tout les mêmes conditions que les B. La fintech Revolut se met en vedette dans notre pays avec un compte d’épargne offrant 2,25 % de taux de base, sans prime de fidélité. Medirect et Santander figurent également sur le podium, avec un rendement de 2,20 %. Les institutions plus classiques se situent quelques crans plus bas, avec par exemple 1,65 % pour Belfius, 1,60 % pour Crelan, 1,50 % pour Argenta et ING. Soit beaucoup moins que l’inflation : le compte d’épargne, ou carnet de dépôt, c’est la liquidité absolue et une garantie publique jusqu’à 100.000 euros. « Et en plus, il rapporte ! De quoi vous plaignez-vous ? », plaisante un banquier…

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