« Des mamans médecins m'ont félicitée et remerciée »
Petit retour sur la thématique de son TFE et sur son prix avec la Dre Lauranne Leysen, lauréate 2026 du Prix du Généraliste du journal du Médecin.
Médecin, mère et femme: comment jongler entre ces trois casquettes, en cette fin de premier quart de 21e siècle, alors que le système est encore loin d'être sorti de son architecture patriarcale et que demeurent pas mal d'injonctions paradoxales?
« J'ai choisi ce sujet parce que le thème des mères est éminemment féministe pour le moment. On parle moins des mères une fois qu'elles le deviennent, comme si elles avaient un peu raté leur combat féministe, alors que pas du tout ! Je ne suis pas mère et je ne sais pas si je le serai un jour, mais c'est un sujet qui me touche particulièrement quand je vois mes consœurs médecins et mes patientes mamans qui souffrent », explique Lauranne Leysen. « J'ai vu ma propre maman, aussi. »
Un enjeu pertinent
Si la question du soin, analysée au travers du prisme médecin et mère, fait sens pour un TFE de médecine générale, elle a pourtant été peu explorée jusqu'ici. « J'avais vraiment envie de réaliser une analyse un peu politique et sociologique de ces trois faits: médecin, mère et femme », poursuit la Dre Leysen, actuellement en remplacement à la maison médicale Le Noyer, à Bruxelles, où elle était assistante quand elle a eu l'idée de son travail de fin d'études, pour lequel elle a réalisé une étude qualitative par focus groups. « Dans un contexte de féminisation croissante et de pénurie, soutenir les mères médecins généralistes ne semble pas être une question à la marge, mais bien une condition pour construire une médecine générale durable, robuste, humaine et juste », écrit-elle en conclusion de ses entretiens avec 13 mères médecins généralistes exerçant à Bruxelles.
Lors de la réception qui a suivi la cérémonie de remise des prix à l'issue du congrès, Lauranne Leysen a été heureusement surprise d'être félicitée par des mamans médecins généralistes qui, de leur côté, mettent en place un système de garderie d'enfants lors de Glems ou de congrès. « Toutes ces mères ont souvent un partenaire qui travaille aussi, que font-elles de leurs enfants pour aller chercher leurs points d'accréditation? C'est de ce constat qu'est née leur idée de garde dans un univers pensé de manière encore très masculine », détaille la lauréate.
Urgence sociale
Lauranne Leysen, qui a par ailleurs étudié la médecine tropicale et la santé internationale à l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers et nourrit des projets à l'étranger pour l'année prochaine, ne désire pas s'installer en cabinet pour l'instant. Elle continue d'enrichir son parcours médical, et vient de candidater pour les formations en planning familial et en IVG. « Nous envoyons nos lettres de motivation pour seulement septembre 2028, donc dans deux ans », s'étonne-t-elle. « C'est fou alors que ces formations ont tellement de sens et quand on voit que le droit à l'IVG est régulièrement un peu remis en question... »
En attendant, la jeune femme apprécie énormément son travail en maison médicale: « Certaines sont de vrais espaces de régulation sociale, qui permettent d'accueillir absolument tout le monde - des publics ultra précaires, des personnes réfugiées, des patients qui nécessitent une aide médicale urgente... - et ce, grâce à leur financement, dans un espace de 20 à 30 minutes avec un médecin ou un autre professionnel de soins. »