Des enfants accros à la nicotine à cause de la vape
Un marketing habile, un design attrayant, des saveurs sucrées... La cigarette électronique séduit les jeunes. Au point que certains se réveillent la nuit parce que leur cerveau réclame de la nicotine. Et pendant ce temps, l'industrie du vapotage recourt aux instances disciplinaires contre les médecins qui mettent en garde...
Sur mon bureau, il y a une smartvape, un téléphone et une clé de vélo à laquelle est accroché un doudou usé. Le propriétaire de ces objets, un garçon de 13 ans, est affalé devant moi. La capuche sur la tête, les mains dans les poches. Sa mère attend dans la salle d’attente, il ne voulait pas qu’elle entre avec lui.
« Tu l’utilises depuis longtemps ? », je lui demande en désignant l'e-cigarette. Il hausse les épaules. « Ouais, plus ou moins. »
Nous en venons à la raison de sa visite. Il a du mal à se concentrer. « Ils vont me virer de l’école si je continue à avoir de mauvaises notes », dit-il. « Mais je pense que c’est parce que j’ai le TDAH. Mes amis prennent des médicaments et j’ai essayé une fois une de leurs pilules. Ce jour-là, j’ai réussi à étudier et j’ai eu une bonne note. »
« Tu dors bien ? », je lui demande. Il secoue la tête. « Pas vraiment. Je me réveille toujours au moins une fois. » « Et tu prends une bouffée de ta vape, à ce moment-là ? » Il me regarde, pris au dépourvu. Il enlève sa capuche et m’explique comment il cache sa cigarette dans la salle de bain le soir pour pouvoir l’utiliser la nuit.
J’aimerais le secouer un bon coup. Ou, au contraire, le prendre sur mes genoux. À la place, j’essaie de lui expliquer. Les médicaments pour le TDAH sont en réalité une sorte de stimulant. Ça peut effectivement aider quand on est fatigué, mais dans son cas cela ne résout pas le vrai problème : une dépendance à la nicotine.
Le droit disciplinaire médical, conçu pour protéger les patients, est utilisé contre les médecins qui alertent sur la dépendance à la nicotine chez les enfants.
Grâce à un marketing habile, un design attrayant et des arômes sucrés, les jeunes sont incités à vapoter. (...) Les conséquences sont lourdes : troubles de la concentration, états dépressifs, voire lésions cérébrales irréversibles. (...) De plus, la substance est extrêmement addictive: une cigarette électronique jetable (+/-15.000 bouffées) renferme autant de nicotine que 13 à 20 paquets de cigarettes. Un jeune en consomme une en une à trois semaines en moyenne, devenant ainsi presque inévitablement dépendant.
Bien que l’industrie du tabac aime présenter le vapotage comme une alternative plus saine à la cigarette ou comme un moyen d’arrêter de fumer, les faits montrent qu’environ 70 % des enfants qui vapotent finissent par passer à la cigarette classique. (...)
Un collectif de médecins (Artsen Slaan Alarm) plaide en faveur d’un système de licences pour la vente de produits à base de tabac et de nicotine (...), système qui permettrait de réduire le nombre de points de vente, faire disparaître les cigarettes et les vapes des environs des écoles, etc. L’industrie du tabac fait tout ce qui est en son pouvoir pour ralentir ce processus. (...) Un club de vapoteurs a également saisi l’Ordre des médecins, accusant certains praticiens de diffuser de la « désinformation ».
Réfléchissons un instant: le droit disciplinaire médical, conçu pour protéger les patients, est utilisé contre des médecins qui alertent sur la dépendance à la nicotine chez les enfants. Les plaintes ont été rejetées, mais ces procédures poursuivent un autre but : ralentir, semer le doute, épuiser les voix critiques... Scénario classique de l’industrie du tabac.
Pendant ce temps, je me retrouve en consultation face à des enfants épuisés, qui se réveillent la nuit parce que leur cerveau réclame de la nicotine... Mais bon sang, que sommes-nous en train de faire ?
Le droit disciplinaire médical, conçu pour protéger les patients, est utilisé contre les médecins qui alertent sur la dépendance à la nicotine chez les enfants.