PremiumHuisartsgeneeskunde

Médecine générale : opération séduction de l’AGEF

« Le grand déballage », tel est le thème, quelque peu énigmatique, que l’AGEF (Association des Généralistes de l’Est Francophone) avait retenu pour son événement organisé récemment à Verviers à destination des futurs et jeunes médecins généralistes. Pas moins de 120 carabins ont répondu présents à cette première édition, certains n’hésitant pas à traverser la Belgique de part en part pour découvrir « la brousse » (sic) et la médecine générale en mode (semi-)rural.

Cécile Vrayenne - 21 april 2026

Dr Michel Meuris AGEFD’emblée, le Dr Michel Meuris, président de l’Association des Généralistes de l’Est Francophone (AGEF) à l’initiative de l’événement, donne le ton, 100 % cash : « À Verviers, on ne soigne pas des numéros, on soigne des gens. » S’il est bien une région qui peut décliner le terme ‘résilience’ à l’envi, c’est l’arrondissement de Verviers – son dernier traumatisme en date, les inondations de l’été 2021, suffit à s’en rappeler – et « ici, les patients vous disent encore merci », tient à souligner le Dr Meuris.

« Ici, les patients vous disent encore merci. »

Pas de doute, l’opération séduction est lancée. C’est que forte de 24 communes et 250 membres actifs, la très dynamique AGEF doit combler la pénurie et assurer la relève de ses généralistes dans les années à venir.

Que craint le médecin de 2030 ?

AGEF 3 Verviers avril 2026On le sait, les jeunes médecins ne désirent plus sacrifier leur vie privée comme tant de leurs aînés l’ont fait. « Ici, vous trouverez un sens à votre vie », rassure donc le président. « Il est normal de douter quand on pense s’installer dans une région que l’on connaît peu, voire pas du tout. » Mais quels doutes, quelles peurs peuvent tarauder le futur médecin de 2030 ?

La peur de l’isolement, sans doute. Alors oui, cet arrondissement de l’Est de la Belgique est vaste, avec ses plus de 2.000 km² – « il détient même le sommet de la Belgique ! », ajoute le Dr Meuris en clin d’œil - et il est trilingue avec ses habitants des cantons germanophones et des Fourons, sans compter ses nombreux touristes. La région, proche de Maastricht (Pays-Bas) et d’Aix-la-Chapelle (Allemagne), est ouverte et dispose d’un fort réseautage, notamment avec les hôpitaux liégeois, réseau qui a largement fait ses preuves lors de la pandémie. Et non, il ne faut pas faire une croix sur ses loisirs, au contraire : « La vie culturelle est riche avec des complexes de cinéma, des théâtres et des festivals comme les Francos, mais aussi les thermes de Spa et de nombreux parcours de rando. » Pas de doute, le président de l’AGEF, maître de stage depuis des années, connaît les aspirations de ses cadets et sait toucher leur corde sensible.

AGEF 2 Verviers avril 2026 La peur de la garde, ensuite, assurément. Réformée, son organisation est devenue un modèle grâce à l’ASBL Garde de l’Est Francophone (GEF-DG) et ses huit postes de garde (pour 300.000 habitants), au point que les généralistes peuvent n’en assurer qu’une tous les deux ou trois mois, comme le confirme le Dr Kévin Dejardin, installé à Limbourg : « Le cercle est cool, le tri assuré, il y a un chauffeur et on peut même dormir au poste de garde ! »

Faudra-t-il faire des visites à domicile ?, redoute déjà un étudiant de master. « Oui, parfois, et c’est l’occasion de sortir du cabinet, de voir la nature, de prendre son vélo et de respirer, voire... de faire un détour par le glacier ! », rétorque avec gourmandise Sébastien Förster​, jeune médecin installé à Malmédy, ville qui compte 14 généralistes pour 12.000 habitants et jusqu’à 70.000 en été avec les vacanciers. 100 % terroir, donc. Et, potentiellement, follement plus agréable que l’urbain pur et dur.

« Les visites à domicile sont l’occasion de sortir du cabinet, de voir la nature, prendre son vélo et respirer. »

Enfin, dernière crainte d’un autre étudiant, la bobologie : que voit-on comme maladies « ici en brousse ? » (sic) « Le généraliste peut constamment se réinventer et il existe 1.000 façons de pratiquer, ce qui n’est pas forcément le cas d’un médecin spécialiste », réplique une généraliste qui a, elle, choisi la voie hospitalière. Effectivement, la seconde moitié de l’après-midi prouvera ô combien le médecin généraliste peut se révéler un véritable couteau suisse dans sa pratique au quotidien. Bien plus que le spécialiste de la phalangine du tertius.

Briser le tabou du gain

Ce « grand déballage » est aussi l’occasion de se parler 100 % cash sur un sujet qui, visiblement, intéresse vivement les étudiants en médecine : le portefeuille. Combien peuvent-ils espérer gagner dès leurs premiers pas en cabinet ? La réponse est éminemment variable en fonction du statut, de stagiaire à assistant, d’agréé à conventionné, d’indépendant en pratique solo et en société à salarié en maison médicale…

Si le stagiaire en médecine générale n’est pas rémunéré, l’assistant, « qui dispose de contrats bien faits », constate le Dr Dejardin, peut compter sur 2.530 euros mensuels la première année, 2.615 euros la deuxième et 2.660 euros la troisième. Sommes auxquelles il faut ajouter les primes comme Impulseo (1.000 à 2.000 euros par an), la PLCI, les assurances, les indemnités… Un jeune médecin peut voler de ses propres ailes dès son premier mois de salaire, et « les banques prêtent facilement aux médecins », tranquillise encore le Dr Dejardin.

Les revenus des jeunes généralistes varient entre 130.000 et 220.000 euros bruts par an.

Financement à l’acte, au forfait, dans le nouveau New Deal… Cinq jeunes généralistes au profil hétérogène se prêtent au jeu de la transparence financière et confient leurs rentrées réelles, tout en explicitant les ficelles de l’optimisation fiscale, dont celle des dividendes. Leurs revenus varient entre 130.000 et 220.000 euros bruts par an, certains hors frais assurés par leur société. « Le généraliste est plutôt dans la bonne moyenne », rappelle le Dr Michel Meuris.

Le Dr Alexandre Copoix, qui fait partie des quelques généralistes francophones qui ont osé franchir le pas du New Deal, estime que ce système permet de « gagner plus avec la même charge de travail ». « Gagner plus, travailler moins, mais faire davantage de prévention », souligne le Dr Meuris, paraphrasant le Dr Jean-Luc Belche, coprésident francophone du groupe de réflexion New Deal.

Entre 40 et 45 heures de travail par semaine

Pour combien d’heures de travail par semaine ? Entre 40 et 45 heures. L’un a choisi de faire un 4/5e avec 38 heures/semaine, l’autre s’offre un après-midi de congé chaque mardi. L’une assure une à deux gardes par mois, un autre une garde toutes les cinq semaines « sans être rappelé deux fois sur trois ».  Tous s’accordent entre cinq et six semaines de vacances par an.

Ces jeunes médecins, dont certains n’ont pas 30 ans, insistent, à l’unanimité, sur l’intérêt de travailler ensemble - pas forcément en maison médicale, mais en bonne intelligence -, non seulement entre médecins, mais aussi en pluridisciplinaire, notamment en s’appuyant sur une infirmière : « Ma consultation n’en est que plus intéressante, l’infirmière s’occupe des vaccins, des soins de plaies… », illustre l’un d’eux.

Et combien de temps accordent-ils à une consultation ? « Quand j’étais assistant, je consacrais 30 minutes, maintenant, avec l’expérience, c’est plutôt 20 minutes », confie l’un des généralistes. Un timing partagé par ses collègues, avec une moyenne de trois à quatre patients par heure, en fonction de la charge de travail.

La médecine générale, une liberté totale

AGEF Verviers événement avril 2026Qui peut se targuer de retirer un naevus suspect le matin, réaliser une échographie le midi, animer une réunion de coordination en MRS l’après-midi, faire un ECG à 17h et poser une détection d’apnée du sommeil en ultime consultation ? Pas le médecin spécialiste de la troisième phalange de l’annuaire. Beaucoup de jeunes généralistes déclinent désormais les formations au gré de leurs envies. De multiples compétences qui sont autant d’enrichissements intellectuels et qui, pour les patients, constituent un trésor inestimable, d’autant plus en zone rurale.

Les généralistes d'aujourd'hui, multiformés, sont (redevenus) de véritables couteaux suisses.

Échographie FoCUS en mode nomade, médecine hyperbare, nutrition, système Nomics pour le SAOS… Julie, installée à Battice (Herve), s’est posée 1.000 questions avant d’opter pour la MG. Aujourd’hui, c’était un couteau suisse, 100 % tech. La jeune femme participe en outre aux urgences d’un hôpital deux fois par semaine : « Ça m’éclate de collaborer avec des spécialistes, j’ai vraiment trouvé mon équilibre et ma liberté ! »

Où peut-on trouver un catalogue des formations ? Via la SSMG et les universités, belges mais aussi françaises et suisses. En présentiel et en distanciel, avec différents degrés de reconnaissance. « Faites des formations dès votre assistanat, et différents assistanats, notamment à l’hôpital », conseillent les moins jeunes aux benjamins. « Pensez ONE, planning familial, soins palliatifs… »

Sébastien (le fan du glacier, NdlR) apprécie le côté multigénérationnel de sa pratique : « Je suis des bébés, de jeunes adultes et des grands-parents. Dans la même journée, je peux déclencher un PIT ou voir des malades chroniques. » Formé au dermatoscope et à la petite chirurgie, il aime le service rendu aux patients, surtout face aux délais actuels pour obtenir un rendez-vous en médecine spécialisée... « Je peux très vite rassurer un patient à propos d’un grain de beauté ou, si le naevus me semble suspect, envoyer une photo à un confrère dermatologue », analyse-t-il. « Sans outils, on est vite bloqué... De petits actes techniques peuvent rendre des services inestimables, et on a la reconnaissance des patients. C’est très valorisant. » Parallèlement, il s’octroie un demi-jour de congé par semaine pour s’occuper de son fils de cinq mois. « On est libre, vraiment », insiste-t-il devant le parterre de futurs médecins. « Tout dépend des choix et de la discipline que l’on s’impose. »

Bertrand Camus, aka Docteur C sur YouTube, est généraliste à Thimister. Il est aussi coordinateur en maison de repos et dans un centre pour handicapés. « Et je m’occupe de mes filles matin, midi et soir. Franchement, je ne me reconnais pas du tout dans le profil du généraliste trentenaire épuisé qu’on nous présente parfois... », glisse-t-il en conclusion.

Wat heb je nodig

Krijg GRATIS toegang tot het artikel
of
Proef ons gratis!Word één maand gratis premium lid en ontdek alle unieke voordelen die wij u te bieden hebben.
  • digitale toegang tot de gedrukte magazines
  • digitale toegang tot Artsenkrant, De Apotheker en AK Hospitals
  • gevarieerd nieuwsaanbod met actualiteit, opinie, analyse, medisch nieuws & praktijk
  • dagelijkse newsletter met nieuws uit de medische sector
Heeft u al een abonnement? 

Deel je (nieuws)verhaal

Heb je nieuws dat relevant is voor onze redactie? Deel het met ons via het meldformulier.

Nieuws melden
Print Magazine

Recente Editie
28 april 2026

Nu lezen

Ontdek de nieuwste editie van ons magazine, boordevol inspirerende artikelen, diepgaande inzichten en prachtige visuals. Laat je meenemen op een reis door de meest actuele onderwerpen en verhalen die je niet wilt missen.

In dit magazine