Cancers urologiques : préserver la vie sexuelle dès le diagnostic
Lors de la matinée d’études organisée par l’H.U.B sur la santé sexuelle et ses tabous, la Dre Jeanne Beernaert, gynécologue, s’est penchée plus précisément sur la santé sexuelle des hommes atteints d’un cancer urologique.
La maladie et ses traitements peuvent affecter la sexualité, l’image corporelle et les relations du patient. Aborder ces questions dès le diagnostic permet d’informer, d’accompagner et de proposer une prise en charge adaptée.
« La santé sexuelle ne se limite pas à la capacité d’avoir un rapport. Elle englobe le désir, les sensations, le vécu corporel, l’identité sexuelle et les relations avec le partenaire. Elle dépend aussi de l’état psychologique et physique du patient : anxiété, dépression, fatigue, douleur ou perte d’autonomie peuvent la fragiliser. »

La gynécologue rappelle que les cancers urologiques - prostate, vessie, testicule ou pénis - touchent des populations différentes et nécessitent des traitements très variables. « Leurs conséquences sexuelles dépendent du cancer, de son stade, des traitements et de la situation du patient avant la maladie. »
Des conséquences physiques et psychologiques
En effet, la chirurgie pelvienne peut endommager les structures vasculaires et nerveuses impliquées dans l’érection. « Elle peut aussi entraîner une absence d’éjaculation, une incontinence urinaire, parfois pendant les rapports ou l’orgasme, et des modifications corporelles. L’ablation d’un testicule ou la présence d’une stomie urinaire peuvent affecter l’image de soi et le sentiment de masculinité. »
En outre, la radiothérapie peut provoquer des troubles érectiles progressifs, qui apparaissent parfois plusieurs années après le traitement. « Dans le cancer de la prostate, l’hormonothérapie réduit la testostérone et peut diminuer le désir et la fonction érectile. Elle peut également entraîner fatigue, bouffées de chaleur et perte de masse musculaire. La chimiothérapie peut, elle aussi, affecter le désir et la fertilité. »
À ces effets s’ajoute tout le champ des émotions et de la subjectivité qui freinent la reprise d’une vie intime : peur de transmettre le cancer, sentiment que la sexualité devient impossible ou culpabilité d’éprouver encore du désir pendant la maladie.
Ouvrir la discussion !
Jeanne Breenaert confirme que la sexualité reste un sujet insuffisamment abordé en consultation, y compris en urologie. « Les soignants se concentrent souvent sur le traitement du cancer, alors que les patients attendent qu’on leur donne l’occasion d’exprimer leurs préoccupations. »
Selon les enquêtes évoquées par Mme Breenaert, une majorité souhaite aborder ces questions dès le diagnostic et pendant les traitements, sans attendre la rémission.
« L’accompagnement doit tenir compte de la vie sexuelle antérieure, des éventuelles difficultés préexistantes et des attentes personnelles. Si le patient le souhaite, il peut inclure le partenaire et ses propres difficultés sexuelles. »
On ne peut pas non plus évacuer la fertilité. Elle mérite également une discussion, quel que soit l’âge. « La capacité à concevoir peut conserver une valeur importante pour un homme, même sans projet parental immédiat. Une préservation de la fertilité peut être envisagée avant certains traitements. »
Accompagner les patients
À l’Institut Jules Bordet, des consultations avant le traitement permettent notamment d’évaluer la sexualité et la continence, puis d’expliquer les conséquences possibles de la chirurgie ou de la radiothérapie. Après une prostatectomie, un accompagnement précoce permet d’aborder rapidement la réhabilitation sexuelle et érectile.
Plusieurs options existent : médicaments oraux contre la dysfonction érectile, pompe à vide, injections intracaverneuses et, dans certaines situations, prothèse pénienne. Leur utilisation nécessite une information et un apprentissage adaptés.
« Une prothèse testiculaire peut également aider certains patients à retrouver une image corporelle plus satisfaisante après l’ablation d’un testicule. La sexothérapie et l’accompagnement du couple complètent ces approches. »
Message principal de Mme Beernaert : la santé sexuelle fait partie de la qualité de vie et doit être intégrée au parcours oncologique, grâce à une prise en charge personnalisée et multidisciplinaire.
En somme, une vie sexuelle reste possible pendant et après le cancer. Fort heureusement.